
5 Mai 2008:
Après des formalités de sortie d'Equateur vite réglées notre entrée en Colombie commence mal.
Passage au bureau de l'immigration pour faire viser le passeport puis passage aux douanes pour la moto...Là, l'employé me dit qu'il me faut une photocopie de la carte grise de la moto.OK!Où puis-je la faire?Il me répond qu'il n'y a pas de photocopieuse en état de marche du côté colombien, il faut aller en Equateur!Je n'en crois pas mes oreilles, je lui explique que je viens de faire ma sortie d'Equateur et que je ne vais quand même pas y retourner pour une histoire de photocopie!Rien à faire , le douanier me dit pas de photocopie = pas de document...Je fulmine, le ton monte et j'ironise en les provocant disant que je vais devoir m'expliquer avec les autorités équatoriennes pour me laisser entrer parcequ'en Colombie on est pas capable d'avoir une photocopieuse...
Nous repassons du côté équatorien, heureusement les flics nous laissent faire sans rien dire, Olivier va faire les copies pendant que je garde les motos puis retour aux douanes.Le douanier me dit OK mais il faut aussi photocopies du permis et du passeport!Là j'explose et lui demande s'il plaisante.Non!Alors je lui demande de me faire la liste précise de ce qu'il veut car je ne vais quand même pas faire le voyage 50 fois!!!!
Retour en équateur puis retour aux douanes, les documents au complet la procédure peut commencer: passage de carbone sur le numéro de chassis de la moto puis remplissage du document, je sors enfin des douanes avec le précieux sésame.Toutes ces tracasseries ne présagent rien de bon pour la suite du voyage...
En soirée nous arrivons à Pasto pour notre première nuit en Colombie.
En regardant ma moto je remarque une fuite importante sur le joint spy de fourche côté gauche alors que celui de droite suinte également l'huile, c'est une panne sérieuse qu'il faut réparer au plus vite, nous espérons à Popayán, notre prochaine étape...
6 Mai 2008:
Nous arrivons à Popayán, petite ville dynamique et bruyante avec un centre ville historique assez intéressant.
A peine arrivé nous allons chez le garage Yamaha, mauvaise nouvelle il n'y a pas de joint spy...En revanche Olivier pourra faire changer son embrayage et profiter de la main d'oeuvre gratuite grâce à une opération commerciale commençant le lendemain.Rendez-vous est donc pris.Nous terminons cette journée par une promenade dans le centre pour admirer quelques beaux batiments d'architecture coloniale et faire quelques photos...
Le lendemain nous passons la journée à attendre que la moto d'Olivier soit prête avec , il fallait s'en douter, des mauvaises surprises:le magasin n'a pas tous les disques d'embrayage; il faudre en modifier deux, et ils n'ont pas non plus le bon joint...Finalement le soir nous récupérons sa moto après une vive discussion entre les mécanos et Olivier :les mécanos veulent un supplément d'argent ce que refuse Olivier en s'en tenant à ce qui avait été convenu la veille.
8 Mai 2008:
Nous reprenons la route vers Cali dans l'espoir de trouver le fameux joint spy qui me manque!A peine arrivé dans Cali un type dans son 4X4 pickup interpelle Olivier, lui demandant où nous allons et nous invitant à changer rapidement de quartier celui où nous nous trouvons étant particulièrement dangereux...Méfiants nous le suivons quelques temps jusqu'à arriver dans le centre.Ce que nous voyons du centre n'a rien pour nous séduire, de grandes avenues avec beaucoup de trafic.Difficile de se situer sans carte, nous avons l'adresse du magasin de moto Yamaha mais pour la trouver c'est une autre histoire.Des gens nous indiquent grosso modo la direction puis nous finissons par prendre un taxi qui nous conduit exactement où il faut.
Nouvelle déception, il n'y a pas de joint spy...Très sympa le magasinier passe plusieurs coup de fils mais le résultat reste négatif.Finalement il m'envoie dans un magasin situé pas très loin.Hélas ,il n'y a pas la pièce non plus.Le gars passe plusieurs coup de fils, je vois l'intention sincère de m'aider, mais en vain!!!
Pas le choix, rien d'autre à faire que de continuer vers Bogotá, la capitale, où là quand même je devrais trouver ce que je cherche.
Passé Armenia le relief s'élève pour passer à travers la Cordillère, difficile de profiter des paysages, le temps est nuageux et nous essuyons même quelques averses.Nous progressons doucement devant doubler de nombreux poids-lourds sur cette route de montagne, nous sommes sur l'axe principal entre Cali et Bogotá ,le traffic routier est donc très important.De plus des travaux sur la route nous obligent à nous arrêter régulièrement pour une circulation alternée.A un arrêt nous voyons un camion bâché s'arrêter, descendent des hommes en treillis bleus marines(Flics spéciaux?Militaires?), foulard masquant le visage, armes de guerre dans les mains, ils prennent position scrutant les environs...Quand nous repartons ils partent devant et à chaque arrêt ils se remettent en position...
La Colombie, pays en guerre?Oui,ça ne fait aucun doute.Depuis notre entrée en Colombie nous avons franchis de très nombreux barrages de militaires et de flics, difficiles de distinguer les deux à première vue, ce sont des hommes en treillis kaki, les uns avec la mention "Militar" et les autres "Policia".Impressionnant tout de même de voir les routes et surtout les ponts gardés par des militaires,avec des abris ou des casemates en sacs de sable et parfois même des blindés.Régulièrement sur la route nous voyons des banderolles avec dessus des photos de militaires en tenue de combat et l'inscription qui se veut rassurante:"Viaje seguro, Su ejército está en la vía" = Voyage sûr, votre armée est sur la route...
En descendant sur Ibagué les freins chauffent jusqu'à ne plus en avoir du tout, je m'arrête sur le côté.Olivier n'a presque plus de frein non plus.Les étriers sont bouillants et il m'explique que c'est probablement à cause de ça que nous n'avons plus de frein, il faut les refroidir avec de l'eau qu'Olivier trouve dans un ruisseau.Effectivement ça marche et nous pouvons reprendre la route, nous arrivons à Ibagué sous la pluie, il est tard, il fait presque nuit, nous décidons de nous arrêter pour la nuit dans un petit hôtel au bord de la route...
Le patron est affable et sympathique, toujours en train de rire, faisant de son mieux pour nous satisfaire.La sympathie des gens est une constante en Colombie avec moultes formules de politesse:" A la Orden"(à votre service)"Con mucho gusto"(avec plaisir),etc...Cet aspect de la Colombie me plait beaucoup.
9 Mai 2008:
Nous repartons d'Ibagué sous une pluie battante, heureusement ça sera de courte durée.En changeant de vallée nous retrouvons le soleil et pouvons rouler tranquillement vers Bogotá en admirant les paysages.J'aimerai faire des photos mais il n'y a pas d'endroit pour se garer, juste l'asfalte de la route bordée par de profonds fossés en béton pour permettre l'écoulement des eaux de pluie.Vue l'intensité du trafic il serait assez dangereux de s'arrêter sur la route alors tant pis!
Arrivés à Bogotá nous nous mettons en quête d'un hôtel dans la vieille ville, tout près du centre.Mauvaise surprise s'il y a beaucoup d'hôtels pour backpakers en revanche c'est très difficile de trouver un hôtel avec un endroit pour les motos...
Nous réussissons tout de même, une sorte d'auberge de jeunesse avec un patio où nous pourrons laisser les motos en toute sécurité.Nous déposons nos bagages, déjeuner au resto du coin puis nous sautons dans un taxi pour la concession Yamaha.Bonne surprise, le magasin est bien achalandé, il y a des joints spys plus de nombreuses piéces qui nous seront bientôt nécessaires et que nous achetons.De plus il y a un atelier où je vais pouvoir faire changer les joints spys, vidanger la fourche et vérifier quelques bricoles pour un prix très raisonnable.Nous sommes vendredi, l'atelier est fermé le w-e, je reviendrai lundi dès la première heure.
Nous passons le w-e à découvrir Bogotá, enfin plus exactement son centre et le quartier où nous avons élu domicile à savoir Candelaria.
Candelaria, c'est le quartier bohème:beaucoup de théâtres, d'étudiants, de facultés et de petits bars branchés...C'est particulièrement agréable de se promener dans ses rues anciennes aux façades colorées.L'ambiance est plutôt détendue et rien ne différencie le centre de Bogotá des autres capitales.C'est quand même une ville de plus de 8 Millions d'habitants et je suppose que l'ambiance dans certains quartiers périphériques doit être autrement plus "craignos"...
Lundi, je retourne chez Yamaha.Avec beaucoup de sérieux et de professionalisme ma moto est prise en charge.Le mécano démonte chaque pièce de la fourche, la nettoie, change le joint spy, change l'huile et remonte.J'en profite pour lui parler du problème que j'ai avec le voyant de pointmort qui reste toujours allumé et ce depuis mon entrée en Argentine!Pas de problème, il trouve tout de suite la panne; c'est un fil électrique qui est coupé il va arranger ça.Je repars de l'atelier vers midi, très content du bon boulot qui a été fait pour un prix intéressant(environ 27 euros)...
13 Mai 2008:
Nous quittons Bogotá pour remonter vers le nord en passant par Medellín.Il fait beau et nous sommes heureux de rouler sous le soleil.Nous pouvons profiter des paysages de montagne qui changent suivant l'altitude.Jusqu'à moins de 2000 m d'altitude c'est un paysage plutôt tropical avec des palmiers, des bananiers et des arbres ressemblant à ceux que nous avons en Guyane.Malheureusement mes lacunes en botaniques m'empêchent d'être plus précis...Plus haut les paysages font penser à ceux que l'on voit dans les petites montagnes comme les Vosges ou le Massif Central.
A Puerto Triunfo la route bifurque pour continuer vers Medellín.Sur ce tronçon de route les barrages de militaires sont très nombreux, sans trop exagérer je dirai tous les 10 kms, avec des blindés.Je suppose que cette route doit être particulièrement stratégique ou menacée...
En soirée nous arrivons à Rio Negro, petite ville à 30 kms de Medellín où nous avons décidés de passer la nuit, il est trop tard pour se mettre à chercher un hôtel dans une grande ville comme Medellín.
14 Mai 2008:
En arrivant à Medellín je remarque une fuite sur une des pipes d'admission, je consulte Olivier qui me dit qu'il faut les changer le plus rapidement possible car si elles lâchent la moto reste bloquée sur place.Merde! C'est pas de veine, à Bogotá j'aurai pu acheter les pièces sans problème maintenant il va falloir reprendre le bâton de pélerin et faire le tour des magasins Yamaha...
Nous entrons dans Medellín et Olivier trouve facilement le magasin Yam, hélas il n'y a pa les pièces que je cherche.Nous tournons un bon moment dans le centre de Medellín à la recherche de d'autres magasins découvrant au passage le quartier des Affaires, des Banques et des hôtels de luxe.En revanche je ne remarque aucun hôtel correspondant à notre gamme de prix.Finalement nous nous retrouvons dans une rue avec plein de magasins de fournitures pour motos et autos et nous achetons deux pneus avant, les notres sont presque morts et les prix en Colombie sont vraiment intéressants.
Ce que nous avons vu de Medellín et de son centre ne nous a pas particulièrement plu alors nous décidons de poursuivre notre route.Cherchant à sortir de la ville vers Cartagena, Olivier profite de l'attente à un feu pour demander à un automobiliste la bonne direction.Le gars nous propose de le suivre , il va nous mettre sur la bonne route:Sont vraiment sympas les colombiens!
En quittant Medellín le relief s'élève à nouveau, encore une Cordillère à franchir.Pour ma part je commence à en avoir ras le bol des routes de montagnes.J'ai pas compté mais ça fait quand même plusieurs milliers de kilomètres en montagne que nous avons fait depuis ces derniers mois.
Tout en montant les cols il faut doubler les poids-lourds, quand ce n'est pas possible il faut attendre une opportunité tout en se prenant de grandes quantités de gazs d'échappement dans la gueule.Plusieurs fois je me retrouve nez à nez avec un camion qui a pris son virage à gauche par facilité ou qui a doublé sans se soucier de savoir s'il y avait quelqu'un en face.Il faut être constamment vigilant et rester concentré.
Enfin nous descendons de la Cordillère, le paysage se tropicalise, il fait chaud et humide, ce genre de climat me convient tout à fait.Je sens de plus en plus d'irrégularités dans le régime moteur de ma moto, sans doute liées aux fuites des pipes d'admission.Olivier me dit qu'il va regarder quand nous allons nous arrêter pour la nuit.
Il est environ 17h quand nous arrivons à Taraza, nous trouvons rapidement un hôtel puis Olivier sort ses outils pour vérifier les pipes d'admission.En démontant, la pipe droite lui explose dans les doigts, elle est cramée,fissurée,archi morte quoi!Heureusement en motard prévoyant Olivier a mis dans ses bagages des pipes qu'il a récupérées,il va les monter sur ma moto en attendant que j'en trouve des neuves...
15 Mai 2008:
Nous roulons dans la plaine ,vers Carthagène.Il fait beau, il fait chaud , une chaleur humide comme sous les Tropiques ou sous l'Equateur et c'est de plus en plus difficile de supporter le pantalon de cuir.C'est décidé; j'abandonnerai le cuir à Carthagène!
Nous découvrons Cartagena ou Cartagena de Indias pour être plus précis en fin d'après-midi.Nous trouvons un hôtel dans le quartier de Getsemani, non loin de la vieille ville.Nous pouvons entrer nos motos dans le patio, d'ailleurs les patrons sont eux-mêmes motards, du coup nous décidons de leur donner nos cuirs en cadeau:autant que ça fasse des heureux plutôt que de les jeter.
Priorité aux motos alors avant de visiter Carthagène des Indes nous prenons un taxi direction le quartier où se trouvent tous les magasins de fournitures pour moto.Je ne trouve pas les fameuses pipes d'admission mais nous achetons quand même deux pneus arrière...
Les jours suivants nous découvrons peu à peu la vieille ville et notre quartier.
La vieille ville est superbe, protégée par ses remparts dont il ne reste plus que quelques tronçons répartis ça et là autour de la ville.Les remparts et les différents forts,dont le plus impressionnant est le Castillo San Felipe,étaients sensés protéger la ville des nombreux pillages commis par les corsaires et les pirates, le plus souvent anglais ou français...Pour résumer, les espagnols amassaient des fortunes colossales en pillant l'or des indiens autochtones dans un premier temps puis par la suite avec la Traite des esclaves noirs, et se faisaient eux-mêmes piller leur fortune par les pirates à la solde de puissances étrangères.C'était pô juste...voire inacceptable!!!La ville fût donc fortifiée pour devenir une des principales place forte de la Caraïbe...
La vieille ville a été magnifiquement préservée.De magnifiques demeures à l'architecture coloniale, des maisons dans les tons pastels aux balcons de bois fleuris, de petites places avec des fontaines et des arbres pour se reposer dans un peu de fraîcheur.Si on y trouve des hôtels classieux , des restos chics et même un "Hard Rock Café",la vieille ville a quand même gardé son atmosphère de village avec des restos populaires et des petits bars à Salsa très animés où se retrouvent les habitués du coin...
Tout ceci en fait une ville très agréable si on arrive à faire abstraction du perpétuel harcèlement des vendeurs ambulants lesquels insistent lourdement pour vous faire acheter quelque chose!Nous promenant un matin dans la vieille ville un vendeur ambulant de boissons nous a ainsi suivi pendant une bonne heure sans nous lâcher une minute.Lassé, je lui ai demandé s'il avait de l'eau gazeuse?"Non, je n'en ai pas",dégoûté il nous a enfin lâché les tongs...
Cartagena est une ville très touristique et on s'apercoit vite que le touriste est considéré comme un pigeon qu'il faut plumer et ça je déteste!Il faut sans cesse demander ou vérifier les prix.Ainsi un restaurateur, plutôt un patron d'un bouiboui où on vend des plats, nous a fait payer 14 000 pesos un plat qui normalement en vaux 5 000 au maxi...Sûrs de nous ,nous avions oubliés de demander le prix avant de nous mettre à table.Et ce n'est qu'un des nombreux exemples;je pourrais parler des tarifs démesurés des taxis ou des cireurs de chaussures...Il faut sans cesse être sur ses gardes et je trouve ça fort dommage.
Le quartier Getsemani est un quartier ancien situé entre la vieille ville et les quais.Pour schématiser on distingue la Calle de la Media Luna, c'est la rue des bastringues, des hôtels pourris, des bars où s'exerce le plus vieux métier du monde.La musique est à fond(les enceintes saturent),la bière y coûte 1500 pesos, c'est le tarif le moins cher de la ville et pour 20 000 pesos(8 euros) le michton peut monter à l'étage avec une fille...A l'extérieur,les petites entreprises de commerce de coke ne connaissent pas la crise.J'ai même vu des filles se "poudrer" le nez dans le bar devant tout le monde ou dans la rue à la sortie du bar.
Toujours dans le quartier, dans une rue parallèle à la Media Luna, la Calle Arsenal le long des quais...Deux rues parallèles, deux mondes parallèles.La Calle Arsenal c'est la rue des bars de nuit chics et des boîtes à la mode où se retrouve la jeunesse bourgeoise de Carthagène.La bière y coûte 4 000 pesos et le moindre cocktail ou alcool fort dans les 14 000 pesos...
Entre ces deux mondes ,la Calle del Guerrero qui les relie et où nous avons trouvé notre hôtel.
Samedi 17 Mai:
Le temps est couvert mais il est fait chaud, nous allons à Bocagrande pour profiter un peu de la plage et surtout nous baigner dans la mer des Caraïbes.A peine arrivé nous sommes harcelés par des nuées de personnes voulant nous vendre qui une place sous une tente(très cher), qui des cocktails(hors de prix),qui à manger, qui des lunettes de soleil(alors que nous avons les nôtres sur le nez!),etc...etc...Sans oublier les masseuses dont j'ai un mal fou à me défaire;sans rien demander elles me mettent de l'huile sur les épaules ou les jambes et commencent à masser, je suis contraint de me montrer agressif pour qu'elles me foutent la paix!Je n'ai jamais été emmerdé comme ça! Au Brésil il y a bien aussi de nombreux vendeurs ambulants sur les plages mais il suffit de dire non, ou de faire signe non de la tête pour qu'ils vous laissent tranquilles...Ici pas moyen.Heureusement le temps se gâte, un orage puis de la pluie et nous rentrons à l'hôtel.
Dimanche 18 Mai:
Nous visitons le Castillo San Felipe,superbe construction à l'architecture très ingénieuse.La visite se termine par une averse orageuse qui dure...Fin d'après midi il pleut toujours, rien d'autre à faire qu'à boire quelques verres dans un bar.Le temps passe, il est tard, plus de 23h00 et nous cherchons un endroit pour manger quelque chose.Tout est fermé mais il y a un vendeur ambulant dans la Calle de la Media Luna,à environ 200 m de l'hôtel, qui fait des assiettes de poulet et qui a de la bière, ça fera l'affaire.Assis sur des tabourets nous buvons tranquillement une dernière bière lorsque je vois arriver deux flics sur une moto.
Le passager descend, puis celui qui est sur la moto pointe du doigt Olivier,moi ainsi que deux colombiens en nous disant de les suivre.Je suis surpris,je ne comprends pas ce qu'ils nous veulent alors je ne bouge pas et je rebois une gorgée de bière.Le flic sur la moto s'énerve, dit qu'il ne plaisante pas,le ton est impérieux et nous ordonne de les suivre immdédiatement!Nous nous levons et nous marchons dans la rue, suivi par le flic à moto, l'autre marchant à côté de moi.Je lui demande où on va, il me répond évasivement"près d'ici".Embarqué par les flics, ca ne nous était jamais arrivé...
Nous arrivons au poste de police le plus proche.Nous sommes interrogés:depuis combien de temps à Carthagène?Qu'est-ce qu'on fait?D'où on vient?Où est notre hôtel?etc...On nous demande nos papiers mais nous ne les avons pas, nous leur expliquons que nous n'avions pas jugé nécessaire de les prendre pour manger et boire une bière à 200m de notre hôtel.Puis le flic me demande de vider mes poches en précisant qu'il sait que je le comprends très bien.Je ne prends pas cela pour un compliment sur ma maitrise de la langue de Shakira mais plutôt comme un avertissement ou une menace.Je vide mes poches, elles sont vides mise part mon porte-monnaie.Un autre flic me fouille alors très minutieusement, vérifiant chaque coin de mes poches, sans rien trouver...
N'ayant rien à nous reprocher, ils nous font signe de partir en disant "Tchao"...
Ne pouvant achever cette journée sur une aussi mauvaise note, nous entrons dans le bar cubain qui fait l'angle de la Calle del Guerrero histoire de boire quelques bières en écoutant de la bonne salsa jouée par un groupe local...
Mardi 20 Mai:
Nous quittons Cartagena où nous sommes devenus un peu trop connus à mon goût, direction Santa Marta.A mi chemin nous passons par Barranquilla pour faire le plein.Une averse soudaine nous fait nous arrêter le temps de nous mettre à l'abri et d'attendre que ça passe.Un passant s'arrête pour nous avertir que ce jour est un jour sans moto dans la ville et que nous risquons une amende.Nous sommes un peu surpris de cette loi mais bon nous décidons de ne pas prendre de risque, nous remontons sur les motos direction la sortie de la ville.
Un peu avant la sortie, Olivier est contraint de s'arrêter sur le côté, un problème électrique sur sa moto;il n'y a plus de batterie.Il commence à démonter,vérifie les fusibles,les connexions mais rien à faire,il ne trouve pas la panne.Il pleut et nous sommes bloqués au bord de la route.Un gars s'approche et nous dit que dans le coin il y a un mécano en me montrant la direction.Je pars voir , je ne trouve aucun garage mais plutôt un quartier ressemblant à un bidonville où je sens qu'il ne vaut mieux pas que je traîne.
Finalement je reprends l'axe principal qui conduit au centre ville et trouve un garage moto ouvert à un peu plus d'un km où Olivier est tombé en panne.J'explique la situation au mécano qui met quelques outils dans sa voiture et me suit pour rejoindre Olivier.Il pense que la batterie est claquée mais ne peut réparer sur place,il faut pousser la moto jusqu'à son atelier ce qu'Olivier fait après avoir déposé ses bagages dans la voiture.Une fois à l'atelier, le mécano et les employés du magasin voisin nous disent que nous étions fous de nous arrêter où nous étions,que c'était très dangereux.Oui mais voilà quand on tombe en panne on ne choisi pas l'endroit...Le diagnostic est confirmé;la batterie est morte.Par chance, Olivier peut en acheter une neuve au magasin jouxtant le garage, il faut juste attendre environ 2 heures le temps de mettre la batterie neuve en charge.Olivier en profite pour faire tester le régulateur de tension;bingo!Il est mort aussi et c'est sans doute à cause de ça que la batterie a claqué.Olivier avait acheté un régulateur d'avance à Buenos Aires,il le monte et nous pouvons repartir;enfin croyons-nous...
En effet juste après avoir démaré une moto avec deux flics intercepte Olivier et lui fait signe de se ranger.Je dis en plaisantant à Olivier qu'ils vont quand même pas nous mettre une amende pour rouler un jour interdit!Eh ben si!!!Les flics disent qu'on a pas le droit de rouler et que ça "mérite" une multa.Olivier explique que nous sommes partis de Carthagène le matin en route pour Santa Marta, que nous nous sommes arrêtés pour faire le plein,que nous ne sommes même pas entrés en centre ville,que nous devrions être loin si une panne ne nous avait obligée à rester un peu plus,il sort sa facture de la batterie...Rien à faire!Sympa le mécano vient à la rescousse confirmant notre panne et que nous partions pour Santa Marta...Rien à faire!Je me souviens alors que pendant que nous attendions que la batterie soit prête j'avais vu les flics passer plusieurs fois dans la rue, mais bon ça n'avait pas retenu mon attention plus que ça.Maintenant je pense que ces pourris nous attendaient pour nous piéger,j'en ai la quasi certitude.Olivier continue à essayer de se justifier quand le flic l'interrompt de manière méprisante en disant qu'il ne comprend rien et que le mécano va lui expliquer.
L'explication du mécano est simple, il faut lâcher du fric discrètement de la main à la main.Je suis dégoûté!!!Ces enfoirés n'ont même pas le courage de nous le demander eux-mêmes.Nous donnons 10 000 pesos et nous repartons...A l'intérieur j'enrage,je fulmine,j'insulte...
Nous arrivons en soirée à Santa Marta.Olivier retrouve facilement un hôtel pour routard où il était déjà descendu il y a quelques années.C'est pas cher mais c'est des plus basiques...
21 Mai 2008:
Après le petit dèj nous reprenons les motos pour faire un tour à Taganga,petit village de pêcheurs à 5 mn de Santa Marta.Ce village est vraiment tranquille, coincé entre des collines et la mer.Une plage,des bateaux et quelques petits bars-restos long de la plage.Bref,l'endroit idéal pour le farniente pendant quelques jours.
Nous trouvons un hostal bien situé avec chambre confortable et lieu sûr pour les motos,en plus les employés sont très sympas.Du coup nous réservons notre chambre avant de retourner à Santa Marta récupérer nos affaires.
Retour à Santa Marta,Olivier s'engage dans une ruelle pour rejoindre notre hôtel tout proche,je le suis et là j'entends crier derrière moi.Je me retourne, c'est un flic,je continue et là coup de sifflet stridant.J'ai envie de fuir mais à 50 m de l'hôtel ça n'avancerait à rien alors je m'arrête.Le flic me dit que je suis en sens interdit.Ah bon!Je m'excuse tout d'abord et lui explique que c'est totalement involontaire, je n'ai pas vu de panneaux(d'ailleurs y en avait-il?j'ai pas vérifié...),que je rejoins mon hôtel tout proche et qu'à la vitesse où je roule je ne risquais pas de causer de danger.Rien à faire!Je demande si je peux garer ma moto devant l'hôtel,il accepte.Je retrouve le flic en grande discussion avec Olivier qui lui avance les mêmes arguments.Rien à faire!Il comprend mais bon....Ok il va encore falloir qu'on lâche du fric à ce corrompu qui profite de sa fonction pour extorquer du fric et se le mettre dans les poches.A ce moment je m'énerve carrément et lui dit que nous avons voyagé dans 9 pays d'Amérique du sud,parcourus plus de 43 000 kms et que nous n'avons jamais eu de problème avec la Police exception faite de la Colombie,il nous est arrivé pourtant de commettre quelques infractions mais que nous avons eu à faire à des gens compréhensifs qui nous excusaient.Sur ce nous lui donnons 4000 pesos et fin de la discussion.
Lorsque je retourne à l'hôtel préparé mes bagages je suis fou de rage.Je commence à détester ce pays et les flics pourris qui guettent la moindre erreur pour nous piéger.Je hais la corruption et dans ce domaine la Colombie est championne.Quand les institutions garantes des valeurs qui sont les fondements d'une société ne donnent pas l'exemple on se demande ce qui pourrait empêcher un jeune dans un pays où il y a 65 pour cent de pauvreté de rejoindre la guérilla ou les cartels organisés du crime.Ma pauvre Ingrid, tu ne sortiras pas de la jungle sitôt...
A Taganga je retrouve un peu de sérénité, bain de mer(l'eau est un peu froide quand même) repos sur la plage, et dégustation de délicieux poissons accompagnés de riz parfumé au lait de coco; c'est une spécialité locale...
Après deux jours de repos et de détente nous reprenons les motos pour aller faire une ballade à Aracataca.Cette petite bourgade situé à 85 kms de Santa Marta est la ville de naissance de Gabriel Garcia Marquez,il s'en est d'ailleurs inspiré pour plusieurs de ses romans dont "Cent ans de solitude".
Au fur et à mesure que nous roulons je me sens de plus en plus mal, j'ai mal à la tête,le nez qui coule,de la fièvre, je pense avoir attrapé la crève en me baignant...
Un peu avant d'arriver à Aracataca nous dépassons une longue file de véhicules bloqués par un barrage de citoyens mécontents ou en revendication de quelque chose.Nous attendons un peu devant le barrage ne sachant trop que faire.Un gamin s'approche de moi et me demande 2000 pesos pour passer...Tiens tiens, en voilà un qui fera sûrement un futur flic zélé plus tard...Finalement un type me dit qu'en moto nous pouvons contourner le barrage,ce que nous faisons, et nous pouvons reprendre la route jusqu'à Aracataca...
Nous découvrons ce petit bourg paisible avec sa petite place centrale et des maisons de type créole rappelant celles que nous avons en Guyane.Je suis étonné que rien ne rappelle que ce fût la ville du fameux Prix Nobel de Littérature: pas une pancarte,pas une statue,rien!Nous déjeunons sur place avant de reprendre la route pour Santa Marta.
Le trajet de retour m'épuise, la fièvre monte de plus en plus,je me sens anéanti.Arrivé à Santa Marta court arrêt au centre commercial Carrefour pour faire quelques courses dont de l'Ibuprofène en pharmacie...
De retour à l'hôtel je vais directement me coucher...Les jours suivants je les passe à soigner ma crève et à me reposer dans la chambre pendant qu'Olivier occupe son temps entre plage et lecture.
26 Mai 2008:
Après ces quelques jours de repos il est temps de repartir et de se rapprocher de la frontière vénézuélienne.
La route entre Taganga et Riohacha est vraiment superbe, décor tropical qui suit le bleu de la mer des Caraïbes,en plus il fait beau alors c'est un vrai plaisir de rouler.
A peine arrivés à Riohacha nous ne perdons pas de temps, sur le trottoir,devant l'hôtel nous changeons les pneus avant des motos.Ceux que nous avons ont fait plus de 14 000 kms dont pas mal de pistes et ils commencent donc à être fatigués.Par ailleurs, rouler avec deux pneus sur le porte-paquets,ça fait vraiment beaucoup...
Le travail fait nous savourons un moment de détente dans un petit bar sur le front de mer, le malecón,en regardant la mer et le vent dans les cocotiers.
27 Mai 2008:
Nous passons assez rapidement la frontière du côté colombien,les formalités de Sortie sont assez vite réglées.
Du côté vénézuélien, c'est plus long mais à ma grande surprise nous passons sans problème.Je m'attendais à des complications,à des fouilles des bagages,à de nombreuses questions mais pas du tout.
Les formalités effectuées il est l'heure de déjeuner,nous pouvons nous relaxer.Quant à moi,je suis heureux d'être enfin de sortie de Colombie!
Après avoir visité 9 pays je sais déjà où j'aurais envie de retourner:le Brésil ça c'est certain car pour moi c'est Le Meilleur,l'Argentine aussi, la Bolivie mais sûrement pas la Colombie.
Même s'il y a de bons côtés comme la gentillesse des gens,de beaux paysages,les ambiances Salsa quand on sort,il y a aussi de très mauvais aspects qui gâchent tout comme une atmosphère de pays en guerre,les pièges à touristes et surtout la corruption de la Police.Il faudrait que ce pays change beaucoup de choses mais je ne crois pas que ce soit pour bientôt...
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