
Samedi 24 Novembre, vers 5h00 dans la fazenda endormie, allongé sur mon lit, j'entends de l'eau qui coule bruyamment près la fenêtre.Sans trop y croire je me dis que quelqu'un a dû laisser couler un robinet... Un peu avant 7h00, je décide de me lever pour vérifier la météo du jour. Nous avions connus deux jours de grand soleil et ciel bleu!Aujourd'hui c'est rideau de pluie tropicale, nuages bas, ciel gris et résolument bouché...Petit déjeuner copieux pris en silence, Olivier et moi savons que nous n'allons pas être à la fête.Quelques paroles échangées qui se veulent réconfortantes du style "Au ça va se lever un peu plus tard..."; mais nous n'y croyons pas.En silence, avec minutie,nous préparons nos bagages et nous enfilons nos tenues de pluie qui nous donnent l'air d'employés d'une usine de produits chimiques.Une rapide signature dans le registre de passage de la fazenda, des adieux en demi sourire et nous quittons la fazenda... Nous avons une quarentaine de kilomètres de piste à parcourir avant de retrouver l'asfalte puis une vingtaine jusqu'à Corumbá, à la frontière Bolivienne, où nous avons choisi de passer le week-end. La poussiére de la veille s'est transformée en boue rouge épaisse qui colle aux roues.Les premiers kilomètres sont relativement faciles, la route est encore très caillouteuse, il y a de l'adhérence sous les pneus et ça me rassure.L'eau qui coule commence à former des ravines, il y a bien ici ou là des passages d'eau sur la piste, de petites "rivières" se forment; nous les traversons avec prudence mais sans souci... Une fois n'est pas coutume, Olivier me laisse rouler devant et j'ouvre donc le chemin.C'est la première fois que je roule sur de la piste sous un temps pareil, j'avance prudemment essayant de sentir les réactions de la moto et l'état de la piste, ma vitesse de pointe ne dépasse pas les 40 km/ heure.Pluie plus chaleur = casque complétement embué, je ne vois rien, je roule donc l'écran ouvert, les gouttes de pluie et les insectes me blessent les yeux...Des collines à l'horizon, il faut monter et descendre, la pluie a creusé des ravines qu'il faut traverser avec précautions.Parfois il faut aussi passer sur de grandes dalles de pierre glissantes dont il faut se méfier. Les collines traversées nous retrouvons la plaine.La piste de cailloux et de sable a cédé la place à de la boue argileuse très glissante.Quelques dérapages de l'arriére mais aussi parfois de l'avant me font serrer les fesses et maintiennent la concentration au maximum.Maintenir le guidon devient un exercice assez sportif au vu de mon inexpérience, j'essaie de contre-braquer et quand ça ne suffit pas je compense avec mes bras et mes jambes pour redonner de l'équilibre, qui reste précaire, à la moto... Nous croisons les premiers camions et 4X4 sur la piste, naïf je pensais que par courtoisie ils allaient ralentir ou s'écarter un peu pour nous faciliterle passage.Que nenni!Aucun sens de la courtoisie ces gros cons!Ils passent à tombereau ouvert, envoyant au passage de grandes gerbes de boue sur ma pauvre gueule enragée.Je les maudis de suite et les insulte aussitôt!Par ailleurs, les premiers véhicules passés ont laissés des traces, qui ne sont pas encore des ornières, mais qui ont évacués un peu de boue sur le côté.Suivre les traces donnent une meilleure adhérence que de rentrer dans la boue qui atteint parfois une bonne quinzaine de centimètres.Tout le monde essaie donc de suivre les traces, sauf que c'est pas facile de lutter contre un camion un 4x4 Chevrolet S10 ou un Dodge2500!A contre coeur, je me mets donc sur le côté voire je m'arrête pour éviter de croiser un véhicule au beau milieu d'un boubier et me prendre une douche cinglante de boue. Soudain je me fais surprendre par une zone de boue noire assez épaisse(au moins 10 cm), dérapage de la roue avant, je contre-braque, dérapage de l'arriére...Je zigzague tentant de garder le contrôle de la moto avec toutefois le sentiment que cette fois je vais aller au tapis, le nez dans la boue!La moto poursuit sa trajectoire de biais, je ´n'arrive pas á m'arrêter, je glisse tranquillement jusqu´au talus qui me stoppe par le côté.Ouf!Je suis toujours debout, seul bémol;sur le talus il y avait un tronc d'arbre qui a explosé l'écope droite sur le réservoir.Ca m'ennuie un peu pour l'écope mais bon je préfére l'écope que le réservoir abimé, et puis je n'ai rien alors je reste positif en me disant que sur ce coup lá je m'en sors bien!Olivier quant á lui me voyait m'en prendre une bonne... Le temps de reprendre un peu mes esprits et nous continuons la route.Des zones plus faciles, d'autres plus critiques vont se succéder jusqu'á ce que nous arrivions á l'asfalte avec un grand soulagement!!!Nous nous arrêtons au bord de route le temps de pisser un coup car les émotions fortes ont fait pression sur la vessie.Nous rincons le plus gros de boue collée á nos tenues de pluie dans une marre d'eau puis nous repartons...Environ 30 mn aprés nous arrivons á Corumbá, ville frontiére avec la Bolivie... |