
Jeudi 19 Juin 2008: C'est avec bonheur que je retrouve le Brésil après avoir effectuées les habituelles formalités de passage de frontière,un peu longues mais sans aucune anicroche.Rentrer au Brésil c'est un peu comme rentrer chez moi,je m'y sens bien, beaucoup mieux que lorsque que je rentre en France où je me sens de plus en plus étranger.Ma joie est d'autant plus grande que je vais découvrir une région du Brésil que je connais pas,l'Amazonie! Vivant en Guyane depuis 5 ans et allant régulièrement au Brésil ,de l'amazonie je ne connais que l'état d'Amapa qu'il faut traverser pour arriver sur les rives du delta du fleuve Amazone,puis on contourne en bateau l'immense île de Marajo, pour arriver à Belém,ville mythique à l'embouchure du fleuve Amazone qui connut ses heures de gloire à la grande époque du caoutchouc.J'ai toujours eu envie de m'enfoncer plus profondément dans cette fascinante amazonie en suivant le fleuve,seule voie de communication pour l'instant ,hormi biensûr l'avion. Cette fois je vais réaliser mon souhait en entrant par la frontière vénézuélienne,traverser les états Roraima et Amazonas à moto pour arriver à Manaus au bord du Rio Negro,de là un bateau pour Santarém puis un autre pour Macapa. Depuis la frontière nous suivons la BR 174,seule route en bitume qui traverse le Roraima.Il fait beau malgré quelques averses épisodiques,la saison des pluies n'est pas tout à fait finie.Les paysages que nous voyons nous sont assez familiers,des prairies gagnées sur la forêt de chaque côté de la route et des troupeaux de bovins,le plus souvent des vaches zébus.Nous pourrions être dans l'Amapa,le Para ou le Maranhao...La route est rectiligne, de bonne qualité alors nous progressons rapidement.Une brève rencontre avec un fourmilier traversant la route et nous nous arrêtons pour essayer de faire quelques photos. Arrivés à Boa Vista,capitale de l'état du Roraima,au bord du Rio Branco nous trouvons une chambre modeste dans une petite pousada pas trop éloignée du centre ville.Cette ville avec ses larges rues ,ses longues avenues manque de charme.Les rues semblent désertées,c'est calme,trop calme même...Bien qu'étant près du centre il faut parcourir de très longues distances pour se restaurer.A contrario ,la orla,promende aménagée au bord du Rio Branco est toute petite,seulement une centaine de mètres, qui va de restaurants à une place avec une scène pour des concerts de musique " ao vivo" entourée de petits restaurants proposant à peu près tous la même chose (pizzas,plats de poisson du fleuve).Si l'ambiance est très animée le vendredi soir le samedi soir c'est mortel!Il y a probablement d'autres endroits pour sortir le samedi soir,des dancings avec des concerts de forro mais dans cette ville si étendue il faut connaître. Déçus par cette ville ennuyeuse dont nous estimons avoir fait le tour,nous décidons de ne pas y rester plus longtemps et reprenons la route au bout de trois jours. Dimanche 22 Juin 2008: C'est sous le soleil que nous quittons la ville endormie de Boa Vista pour filer vers Manaus distante de plus de 800 kms.Nous ne pourrons pas faire la route en une seule fois et serons donc obligés de faire étape.Sur la route nous trouvons régulièrement des postes à essence et c'est un soulagement pour nous.Vu la faible capacité de nos réservoirs nous avions pensé un moment devoir emmener des bouteilles d'essence mais ça ne sera pas nécessaire.Si au début la route est belle ,elle se dégrade et nous oblige à être très vigilant pour éviter les trous voire les cratères.Hélas je ne peux éviter un trou particulièrement cassant juste avant un pont et nous constatons un léger plat sur ma jante arrière.Olivier m'assure que ce n'est pas grave,je peux continuer à rouler et je devrais pouvoir faire réparer plus tard. Début d'après-midi nous arrivons au bord de la réserve indienne Waimiri.Sur ce tronçon de route de 125 kms il est "recommandé" de ne pas s'arrêter sauf nécessité absolue,il est interdit de prendre quoique que ce soit (fruits,plantes),interdit de pêcher,de chasser,et aussi interdit de faire des photos!Petit rappel historique;dans les années 1970 les indiens Waimiri se sont opposés au passage de la BR 174 sur leurs terres.La lutte fut âpre: plus de 200 morts du côté de l'armée brésilienne mais bien plus de perte du côté des indiens...De 1500 au début du conflit ils n'étaient plus que 374 lorsqu'ils acceptèrent de négocier.Nous pouvons donc emprunter la route mais juste pour y passer, des panneaux rappelant régulièrement que nous sommes sur leur territoire et que nous devons le respecter.Par ailleurs à l'entrée de la réserve ,dans le sens Manaus-Boa Vista,un listing est fait des gens et véhicules entrant et sortant de la zone.Dans cette partie la route est peu voire pas du tout entretenue,de nombreux trous gigantissimes et même des bourbiers ralentissent sérieusement notre avance.D'autant qu'il faut faire avec les nombreux poids lourds que nous rencontrons. Il est déjà tard lorsque nous sortons de la réserve pour nous retrouver dans l'état d'Amazonas.Nous nous mettons aussitôt en quête d'un lieu pour passer la nuit mais nous ne trouvons rien.Nous continuons la route de nuit,pas d'autre choix,malgré les trous que nous essayons d'éviter tant bien que mal.C'est exténué que nous arrivons enfin à Presidente Figueiredo.Nous déposons nos bagages dans une charmante pousada et filons directement vers la place de la ville.L'atmosphère est agréable ,les gens sont installés en terrasse partageant un moment de détente en famille ou entre amis pendant que sur la place des gens répétent en musique les danses et chorégraphies qu'ils feront pour les fêtes de la Saint-Jean, "as festas Juninas", très importantes au Brésil et aussi largement festives que le Carnaval.Quelques bières en mangeant et la fatigue de la journée nous invitent à regagner notre hôtel.Sur le retour mes oreilles sont émoustillées par des bruits de fête,il ya un show de Forro dans le coin,j'ai bien envie d'y aller faire un tour mais je suis trop sale et trop fatigué,ça sera pour une prochaine fois... Lundi 23 Juin 2008: Nous arrivons en fin de matinée à Manaus,capitale de l'état d'Amazonas ,construite au bord du Rio Negro.Manaus c'est une ville de presque 2 millions d'habitants , en plein coeur de la forêt amazonienne.Il faut la voir pour le croire! Cette ville connut gloire et prospérité pendant la grande époque du caoutchouc ,de la moitié du 19ème siécle au début du 20ème.Durant cette période les propriétaires d'hévéas ,appelés "barons"ou "colonels" ont amassés des fortunes colossales grâce à la sueur des seringueiros qu'ils exploitèrent sans pitié.La ville commença à péricliter lorsque les cours du caoutchouc s'effondrèrent.Le Brésil avait le monopole de la production de caoutchouc jusqu'à ce qu'ils se fassent voler des graines d'hévéa par les anglais ,lesquels firent des plantations d'hévéa dans leurs colonies d'Asie,provoquant ainsi la chute des cours.Plus tard la découverte des matières plastiques à partir du pétrole mit définitivement un terme à l'âge d'or du caoutchouc. En 1967,le gouvernement brésilien fit de Manaus une zone franche afin d'attirer les investisseurs .Des industries et des entreprises ,surtout dans les secteurs de l'électronique ,s'installèrent attirées par les avantages fiscaux et une main d'oeuvre bon marché.Aujourd'hui Manaus est une ville dynamique,il suffit de traverser la zone industrielle pour s'en rendre compte. Nous trouvons un hôtel correct et bon marché ( 14 euros pour deux petit déjeuner inclus) dans le quartier du port,à quelques centaines de mètres du centre historique.Dès notre arrivée je suis séduit par notre quartier et par cette ville en général .Tout l'activité économique de l'Amazone semble partir de là.Il faut dire que le fleuve reste la principale voie de communication et donc de fret.Toutes les marchandises passent par Manaus,située à peu de choses près, à la rencontre des fleuves Rio Negro et Rio Solimoes qui s'unissent un peu plus loin en aval pour former le fleuve Amazonas. Près du port ce ne sont que grossistes et entrepôts.Les régimes de bananes s'entassent sous des hangars,ailleurs ce sont des cartons de paquets de Chips,de lessives,de conserves , de toutes sortes de marchandises qui se retrouveront après un voyage en bateau, dans des épiceries au bord du fleuve ou au plus profond de la forêt amazonienne.Sur le port se trouvent aussi un important marché couvert et un marché au poisson.Les rues sont envahies de stands de toutes sortes,vendant tout et n'importe quoi.Pour se restaurer il n'y a que l'embarras du choix entre les nombreux restaurants,les échoppes près du marché au poisson et les vendeurs ambulants pour un encas . Une rue à descendre à la sortie de l'hôtel sur une centaine de mètres et nous sommes au bord du Rio Negro.Première constatation,le Rio Negro porte bien son nom,l'eau est d'un noir profond.Sur les quais c'est une grande effervescence.Des camions garés en double file que des manutentionnaires chargent ou déchargent en fonction des bateaux pendant que les voyageurs se fraient un passage dans toute cette agitation.Aux pontons les bateaux se remplissent.Ces bateaux colorés en bois à deux ou trois étages se reconnaissent facilement,un style unique qui semble n'avoir pas changé depuis au moins 200 ans!J'observe tout ça avec beaucoup de fascination et je prends quelques photos.Des courtiers nous proposent des billets pour toutes les destinations,après négociation nous achetons nos billets pour le prochain départ vers Santarém: une croisière de 3 jours -2 nuits en hamac.Départ samedi ,ce qui nous laisse quelques jours pour faire quelques achats et visiter la ville. Il n'y a pas de plus bel exemple de l'époque faste et glorieuse de Manaus que son Opéra,le Teatro Amazonas,inauguré en 1896 et une visite guidée vaut vraiment le détour.On apprend ainsi que les tuiles colorées de son dôme viennent de France,les marbres d'Italie,les fers forgés d'Ecosse.On a fait venir les meilleurs ouvriers dans leur spécialité d'Europe.Rien n'était trop beau ou trop cher pour la richissime Manaus.Devant le Teatro Amazonas,la tranquille Praça Sao Sebastiao avec ses arbres,ses bancs où se donnent rendez-vous les amoureux et autour des restaurants et des bars où il est si agréable de débuter la soirée.Profiter de la fraîcheur relative des soirées en terrasse en écoutant de la musique.Un soir nous avons même vu tout un public sagement installé sur des chaises pliantes pour écouter un concert de musique MPB (Musique Populaire Brésilienne). Autre visite intéressante ,celle au petit musée "Museu do Homem do Norte" consacré aux habitants du fleuve amazone et plus particulièrement aux caboclos.Les caboclos sont des métis d'indiens et d'européens (surtout portugais) et d'indiens et de noirs.Vivant en harmonie avec la nature dont ils savent tirer profit de la moindre ressource pour survivre,faisant preuve d'un incroyable courage, les caboclos se sont installés dans tout le bassin amazonien.En ce qui me concerne ,leur culture et celle des Sertanejos,des habitants du Sertao sont celles que je trouve les plus passionnantes au Brésil. Quelques promenades dans les rues de la Zona Franca afin de faire quelques achats:des CD et des DVD à des prix intéressants et quelques livres pour passer le temps sur le bateau.En revanche pour ce qui est des appareils électroniques,lecteurs de DVD,appareils photos,lecteurs MP3 et consorts les prix ne sont pas avantageux. La semaine passe relativement vite,j'aime beaucoup Manaus et je pense bien y retourner .J'aimerai ensuite reprendre un bateau et me laisser porter sur les fleuves vers les petites villes et les villages et découvrir la vie de ces gens,des caboclos ,au fil de l'eau... Samedi 28 Juin 2008: Après le petit dèj nous chargeons les motos et nous nous dirigeons vers les quais pour embarquer sur notre bateau,le Lirio do Mar.A peine arrivés près des quais nous sommes assaillis par les dockers demandant notre destination,le but étant de nous aider à embarquer les motos moyennant rémunération.Olivier décide de suivre un type qui nous conduit vers le ponton où doit se trouver notre bateau.Comme convenu je garde les bagages sur le quai pendant qu'Olivier et les 2 types qu'il a engagé descendent les motos sur le ponton.Ensuite nous descendons les bagages.Le bateau n'est pas au ponton mais on nous assure qu'il arrivera bientôt.Je suis quand même surpris de ne voir que nous deux avec nos motos sur le ponton alors que le bateau devrait être plein à craquer...Un type qui traîne vient confirmer mes craintes;il nous dit que notre bateau est à l'autre bout des quais et qu'il est justement en train d'embarquer.D'ailleurs nous le voyons d'où nous sommes.J'essaie de joindre par téléphone le courtier qui nous a vendu les billets;sans succès.Finalement Olivier prend un canot pour aller voir sur le bateau ce qu'il en est exactement. Avant qu'il ne revienne avec le gars qui nous a vendu les billets j'ai compris que nous nous sommes faits arnaqués,les dockers nous ont fait descendre sur n'importe quel ponton du moment qu'on les paie.Il faut repayer pour remonter les motos sue le quai puis repayer pour monter les motos dans un camion afin de traverser la zone portuaire.Olivier se charge de cette manoeuvre pendant que de mon côté je prends le canot avec les bagages pour réserver nos places sur le bateau.Lorsqu'Olivier me rejoint sur le bateau il n'y a déjà plus de places pour installer nos hamacs.Nous trouvons de la place sur le dernier pont tout en haut,nous installons nos hamacs et nous pouvons enfin souffler un peu en buvant une bière.Cette mésaventure nous a fait perdre un peu d'argent, mais ce fût la seule fois en 10 mois de voyage,il n'y a pas quoi en faire un drame,ça devait bien arriver à un moment ou à un autre.Même s'il n'est jamais agréable de se faire voler de l'argent nous retiendrons de cette épisode une bonne leçon pour l'avenir. Le soleil est déjà bas lorsque le bateau largue les amarres,du haut du pont je jette quelques derniers regards à la ville:la Cathédrale,les immeubles,les quais.Peu après nous arrivons à un moment très attendu,la rencontre du Rio Negro et du Rio Solimoes.Le spectacle est étonnant,le bateau avance sur un fleuve qui semble séparé en deux parties.D'un côté des eaux noires et de l'autre des eaux marron-clair;les eaux ne se mélangent pas aussitôt.Ce phénomène est dû,entre autres à la différence de température entre les eaux,mais je ne pourrais pas le vérifier en mettant ma main dans l'eau. Sur le pont supérieur,là où nous avons mis nos hamacs se trouvent ,comme toujours,le bar avec ses incontournables télé et sono pour profiter au mieux de l'ambiance musicale.Nous buvons des bières,admirant un magnifique coucher de soleil sur le fleuve Amazone,discutant et faisant connaissances avec nos voisins,l'humeur est à la fête!La nuit nous surprend vite et de temps en temps je vais à l'avant du bateau,pour profiter au mieux de cette nuit douce au coeur de l'amazonie.Je vois à peine les remous du fleuve,je distingue les rives et les silhouettes des arbres,le ciel est étoilé.De temps en temps un éclair d'orage déchire la nuit en projetant un jet de lumière sur la forêt.A la barre,concentré, écoutant la radio,le capitaine scrute les eaux du fleuve à la recherche du moindre obstacle s'aidant de temps en temps d'un projecteur. Un voisin de hamac m'averti que la soupe est servie,je descends au pont inférieur où se trouve la cuisine et je me rempli le ventre d'une délicieuse soupe épaisse et roborative.Je prends une douche avant de rejoindre mon hamac où bercé par les mouvements du bateau je m'endors rapidement malgré la musique,malgré le brouhaha sur le pont.Quand je me sens bien et que je suis fatigué,je peux dormir n'importe où! Dimanche 29 Juillet 2008: 6h00 du matin,il fait jour et sur le bateau il y a déjà beaucoup d'activité.Chacun s'affaire qui pour prendre une douche,qui prendre le petit dèj,qui se brosser les dents,qui préparer ses affaires pour la prochaine escale...Petite précision,sur le bateau les repas et le petit dèj sont inclus dans le prix du billet,tout ce qui est pris au bar reste à la charge du consommateur. Assis sur le pont,j'occupe mon temps entre lecture d'un roman de Paulo Coelho,"La Sorcière de Portobello",et l'observation du fleuve et de ses rives.Première escale importante: Parintins où le festival bat son plein.Ce festival très réputé attire chaque année toujours plus de visiteurs venus de toute l'Amazonie.Voilà une idée pour de prochaines vacances en Amazonie...Chaque escale est un divertissement;j'aime regarder l'activité sur le quai.Du haut du pont j'ai un aperçu de la ville ou du village,l'église,la place,quelques rues.J'imagine la vie des gens ici,au milieu de nulle part. Bercé dans mon hamac,mon roman en main ou en train de rêvasser ,le temps s'écoule tranquillement,au rythme du bateau,je ne m'ennuie pas.Fin d'après midi le bateau stoppe complètement,problème mécanique qui ne peut être réparé sur place.Pendant un bon moment nous attendons jusqu'à ce qu'un remorqueur nous ramène vers le dernier port que nous avons laissé.Plus tard nous croisons un bateau du mêm type que le nôtre,changement de plan ,nous sommes pris en remorquage par ce bateau et nous refaisons route vers notre destination;Santarém... Lundi 30 Juillet 2008: Il fait encore nuit lorsque le bateau est manoeuvré pour se mettre à quai dans le port de Santarém.Nous attendons que la plupart des passagers soit descendu pour demander de sortir nos motos de la cale.Malheureusement elles ne sont pas accessibles,il faut remonter des marchandises sur le pont pour pouvoir y accéder.Le capitaine nous demande d'attendre.Nous avons le temps de prendre un café et de grignoter quelques chose en regardant le spectacle superbe du soleil se levant sur le fleuve Amazone.Finalement nous n'aurons pas à attendre longtemps,d'autres personnes attendent leurs affaires dans la cale dont une dame qui attend son déménagement complet;armoires,literie,frigo,gazinière...Le capitaine donne l'ordre de vider la cale. L'équipage est peu nombreux alors nous participons à la manutention pour aller plus vite.Nous sortons une bonne quantité de TV, puis des motos neuves produites à Manaus.Il n'y a pas de palan,juste une corde passée autour d'une barre.Il faut tirer de toutes ses forces pour réussir à hisser les motos de la cale.Heureusement quelques voyageurs sont venus spontanément prêter mains fortes;c'est ça aussi le Brésil,la solidarité dans l'épreuve!Très rapidement nous sommes trempés de sueur.Finalement arrive nos motos et c'est avec soulagement que nous les descendons sur le quai.Le temps de charger les motos,de régler la taxe portuaire et nous sortons du port. Santarém est une charmante petite ville avec des rues commerçantes ,une rue piétonne,de petites places ombragées.Se loger n'est pas un problème pour le voyageur qui n'a que son sac.Avec une moto c'est plus compliqué,pas d'hôtels avec parking...Un type sympa nous donne une adresse,un hôtel sur la Beira Rio (au bord du fleuve) où il est possible de laisser les motos.Le renseignement est valable,pas de parking mais l'hôtel est au fond d'une impasse où nous pouvons laisser les motos sans crainte nous assure le personnel de l'hôtel.La chambre,propre et agréable offre une vue superbe sur l'Amazone et la Beira Rio. Le soir la Beira Rio s'anime:il y a ceux qui font leur jogging ou leur marche "sportive",ceux qui pêche,ceux qui flânent,ceux qui se promènent en famille accompagnant les enfants qui s'essayent au vélo ou à la voiture électrique sans oublier ceux qui boivent un verre ou dînent à la terrasse du restaurant sur pilotis " O Mascotinho".L'ambiance est joyeuse et détendue... Le lendemain nous prenons les motos pour découvrir les environs: la plage de Ponta de Pedras et surtout Alter do Chao, petit village au bord du Rio Tapajos à une trentaine de kms de Santarém.Le village est vraiment mignon avec ses rives superbement aménagées.En face,principal attrait touristique d'Alter do Chao,au beau milieu du Rio Tapajos: A Ilha do Amor (l'Ile de l'Amour),avec ses plages de sable blanc et ses barraques.Hélas!La saison des pluies vient juste de se terminer et les eaux en cru du Rio Tapajos ne nous laissent apercevoir que les toits de chaume des barraques et les cimes des arbres,spectacle un peu surréaliste.Tant pis nous profitons d'une autre plage ,à la sortie du village:A Praia do Cajueiro. Mercredi 2 Juillet 2008: Nous embarquons sur le Coramar pour 3 jours-2 nuits de croisière jusqu'à Macapa.Cette fois le bateau est accessible et la manoeuvre est facile.Le bateau n'est pas rempli et nous installons nos hamacs tranquillement.Nous avons même le temps de descendre à terre pour faire quelques achats et déjeuner pendant que la cale du bateau se remplit au fil de la journée.J'en profite pour faire quelques photos, en particulier d'énormes poissons-chats,pesés avant d'être entreposés dans la cale. Cette fois encore nous avons mis nos hamacs non loin du bar;difficile de résister à quelques bières fraîches en compagnies des autres passagers,vue sur le fleuve ou sur la télé qui passe en boucle des DVD de forro.Comme toujours sur le bateau ,l'humeur est à la fête!!! Particularité pour ce voyage,des femmes font partie de l'équipage et ça se voit !!! Le bateau est propre et bien tenu,surtout les sanitaires.La cuisine est bonne et on passe entre les hamacs pour nous avertir quand les repas sont prêts.Au petit-dèj en plus du classique café au lait et morceau de pain beurré nous avons droit à un délicieux gâteau au manioc. Vendredi 4 Juillet 2008: Il est 3h00 du matin lorsque nous accostons au port de Santana,à quelques kms de Macapa.Trop tôt nous attendons que le jour se lève pour débarquer.Nous retrouvons l'hôtel où nous étions descendus au tout début du voyage,le Novo hôtel America,dans le centre ,près de la Beira Rio. Je n'aime pas Macapa,ville laide où il n'y a rien à faire...Seule endroit que je trouvais agréable c'était la Beira Rio où on pouvait diner ou boire un verre devant un des nombreux restaurants tout en écoutant un artiste jouer ou chanter.La Beira Rio est en rénovation depuis plus d'un an et les travaux ne sont toujours pas terminés! Je m'ennuie à mourrir,la Guyane est toute proche,je ne vois pas l'intérêt de rester dans ce trou en gaspillant du fric.Le temps de faire réparer ma roue AR,et de faire quelques achats et je décide de reprendre la route au plus tôt pour la dernière étape de ce voyage : Macapa- Rémire-Montjoly. Olivier quant à lui restera quelques jours de plus à Macapa... Dimanche 6 Juillet 2008: Il est 5h30 du matin lorsque je pars de Macapa.Il n'y a pratiquement personne sur la route,je suis tranquille alors j'avance avec une bonne moyenne, ne m'arrêtant que pour faire le plein d'essence et boire un café. Avant d'arrivée à Calçoene ,l'asfalte s'arrête pour laisser place à une piste sur laquelle on peut voir qu'elle a "souffert" pendant la saison des pluies.Aujourd'hui elle est roulante et ça me va très bien, il me reste environ 250 kms de piste avant d'arriver à Oiapoque. Passé Calçoene,l'état de la piste se dégrade de plus en plus tout en restant roulante,j'arrive à maintenir une bonne moyenne tout en évitant les trous et en passant avec prudence dans les bourbiers.Je suis à l'aise sur ma moto,un profond sentiment de liberté mêlé de satisfaction m'envahit: c'est le pied!!!Je regarde ma montre et calcule que selon toute vraisemblance je devrais arriver à Oiapoque en tout début d'après midi malgré les averses de pluie qui reviennent de plus en plus souvent avec de plus en plus d'intensité... 80 kms avant d'arriver à Oiapoque je vois une file de véhicules rangés sur le côté,des camions,des bus ,des 4X4.Doublant tout le monde je vois des feux de camp improvisés,des types qui dorment sous les camions et je me retrouve devant un bourbier énorme,quatre poids lourds en travers de la piste,embourbés jusqu'au chassis voire jusqu'à la cabine!Je m'arrête et je vais faire un tour à pied pour faire un état des lieux.Il est rapide: impossible de passer par la piste. Je n'ai aucune envie de bivouaquer en pleine forêt,je suis si proche d'Oiapoque!Je vois que les brésiliens ont fait à coup de machette un layon dans la forêt d'une centaine de mètres,parallèle à la piste,il permet aux voyageurs de doubler le bourbier pour changer de véhicule et poursuivre leur voyage.Je remarque deux gars inoccupés et leur propose de m'aider à passer par la forêt moyennant une petite récompense.Ils regardent la moto chargée et hésitent,ils me disent que c'est impossible,que ma moto est trop lourde.J'insiste et leur explique que si on traverse d'abord mes bagages, la moto sera beaucoup plus légère et qu'on y arrivera;ils acceptent. La pluie se met à tomber de plus belle.La manoeuvre est extrêmement ,pénible,nous poussons ,tirons la moto qui glisse ou s'embourbe dans le sol détrempé.Malgré tous nos efforts,la moto tombera une fois sur le côté, sans rien casser.Le chemin fait à la machette l'a été pour laisser passer des gens, pas une moto.Les arbres ont été abattus et laissés sur place en travers du passage.Nous ne pouvons passer,il faut soit couper les troncs à la machette ou les tirer sur le côté,un travail de forçat! Là je vais avoir une preuve supplémentaire de la gentillesse et de l'esprit de solidarité des brésiliens.Voyant que nous sommes bloqués par les arbres, un monsieur plus âgé appelle des volontaires pour nous donner un coup de main,les machettes coupent les troncs qui sont repoussés sur le côté.Après de longs et douloureux efforts la moto est passée de l'autre côté du bourbier,je peux reprendre la route.Tous ceux qui m'ont aidé poussent des soupirs de soulagement ,sourires de satisfaction,pouce levé,c'est la liesse générale,je suis sincérement ému...C'est le Brésil que je connais et qui me passionne depuis 8 ans maintenant.Pas de mentalité du style" il voyage à moto donc il a du fric donc il n'a qu'à se démerder"!Générosité,solidarité sont vraiment des valeurs brésiliennes. Je reprends mon souffle et décide de prendre quelques photos pour immortaliser ce que je viens de vivre.Sous une pluie battante impossible de sortir l'appareil numérique.Je me sers d'un appareil jetable étanche que j'avais emmené dès le début de l'aventure et que je n'ai pas encore utilisé:nul doute qu'il attendait cette occasion... Terminer ce long voyage de plus de 48 000 kms,ce Tour d'Amérique du Sud,par cette aventure à la fois physique et humaine et pour moi un zénith qui vient mettre un magnifique point final,sorte de note bleue dans une symphonie verte comme l'Amazonie. Un peu plus loin,environ une quizaine de kms ,je retrouve un bus bloqué dans la boue,cette fois je peux passer par le côté et poursuivre ma route. Kilomètre 50 avant Oiapoque je retrouve l'asfalte avec soulagement.Enfin j'arrive à Oiapoque,la pluie a fait une pause. Les bureaux du Secrétariat de la Fazenda où je dois m'acquitter des formalités douanières de la moto étant fermés le dimanche je me mets à la recherche d'un hôtel ou d'une pousada bon marché.Ma moto chargées de bagages et couvertes de latérite attise la curiosité des gens que je croise . Je trouve ce que je cherche assez rapidement;une chambre propre,climatisée et le propriétaire me propose d'emblée de garder ma moto dans un local ,qui lui appartient, attenant à l'hôtel il s'en sert comme garage,fermé par un solide rideau de fer ma moto se trouve en sécurité. Lundi 7 Juillet: Je me suis levé tôt.A pied je me rends au bureau de la Police Fédérale pour faire tamponner ma sortie du territoire sur le passeport.J'en profite pour faire quelques derniers achats... De retour à l'hôtel je demande à l'épouse du patron d'ouvrir le garage pour que je puisse sortir et me rendre au Secrétariat de la Fazenda avec la moto afin de faire les formalités de douane.Mauvaise surprise,elle n'a pas les clés et son mari n'est pas rentré de la nuit.En fait ils se sont disputés,son mari est allé se souler avec des copains et il a découché: je dois attendre qu'il émerge... Vers 11h00, il arrive enfin,je lui fais généreusement part de mon mécontentement pendant que lui tout penaud se confond en mille excuses me demandant de lui pardonner. Vers midi je traverse le fleuve Oyapock en pirogue pour débarquer à St Georges,du côté guyanais. C'est la fin de l'aventure,il me reste à filer vers Rémire-Montjoly où Darielle,ma doudou,m'attend avec impatience... Au total,pendant 10 mois ce sont 48 700 kms parcourus,dont presque 4 400 kms de piste( de latérite,de sable,de pierres,...), 10 pays visités,10 capitales ,plusieurs milliers de photos et des images,des souvenirs,des rencontres inoubliables... FIN... |