
Mercredi 19 Mars 2008: Nous quittons Calama, au Chili, direction la frontière bolivienne.Je suis impatient de découvrir ce pays de la Cordillère des Andes qui promet d'être bien différent de ce que nous avons connu jusqu'alors...Après 200 kms de piste nous arrivons à Ollagüe,ville frontière où les formalités sont assez vite réglées.Je m'arrête en bord de piste pour prendre une photo de notre entrée en Bolivie; ciel bleu et volcan enneigé à l'horizon,le décor est superbe ! Devant nous la piste, laquelle d'ailleurs??? Olivier a beau lire la carte, les noms des villages que nous traversons n'ont rien à voir avec l' itinéraire prévu...Plusieurs possibilités: la carte est fausse ou la route a été déviée...Une seule option : continuer en espérant avoir assez d'essence pour arriver à Uyuni...
Les paysages quoique désertiques sont de toute beauté et ne manque pas de couleurs; nous avons toutes les palettes de sable,ocre,rouge ,vert et même de blanc quand nous traversons des salars...Deux cents kms après la frontière nous arrivons à Uyuni,fatigués mais heureux. Uyuni : 3 669 m d'altitude, ville poussièreuse,encombrée de 4x4 et d'agences de tourisme qui proposent dans toutes les langues (j'ai même vu en japonais), à des touristes de tous horizons des excursions dans la région et principalement sur le célèbre Salar...Les rues sont envahies de gringos en bonnet de laine péruvien (pointu qui descend sur les oreilles)multicolore avec gants ou mitaines assorties et pulls en laine de lamas : Beurk !!!Je remarque avec moquerie que les autochtones ne portent pas ces acoutrements,seulement les "gringos"- touristes,à croire qu'ils sont fabriqués spécialement pour eux... Par exemple,les femmes aymaras se coiffent en faisant deux longues nattes qui se rejoignent dans le bas du dos et portent le chapeau melon avec beaucoup d'élégance.Quant aux hommes c'est chapeau en feutre ou la casquette américaine à longue visière.Pour les plus jeunes générations il semble que ce soit la casquette américaine qui l'emporte même si on voit encore beaucoup de jeunes filles porter les habits traditionnels.Les peuples de l'altiplano portent autant de couvre-chefs différents qu'il y a d'appartenances soit à une ethnie,soit à une vallée,soit à un village.Ainsi,outre le chapeau melon on peut voir aussi des chapeaux de paille,des chapeaux en feutre de différents styles mais je n'ai jamais vu de femmes avec le bonnet de laine de lama qu'arborent avec fierté les gringas...
Ce n'est pas tout le monde qui peut intégrer une culture ,ses us et coutumes (et costumes) ,avec la classe d'un Peter O Toole dans "Lawrence d'Arabie"...Le risque est de virer au ridicule et au comique comme Louis de Funès portant le kilt en Ecosse dans "Fantomas "(bonjour la culture cinéphile...).J'imagine un français qui débarque à Berlin avec des culottes de cuir à bretelles et un chapeau tyrolien: un grand moment de solitude en perspective!!!.Inversement ,un africain ou un asiatique débarquant à Roissy avec un bèret basque...Je ne pense pas que"singer" une culture soit s'en approcher ou l'appréhender´,ça aurait plutot l'effet contraire... Voir tous ces touristes habillés des mêmes fringues a au moins un avantage pour Olivier et moi c'est que nous les repérons de loin et nous pouvons ainsi les fuir...Nous les voyons dans les mêmes bars,écoutant de la pop ,du rock ou de la musique électro ou dans les mêmes restos se régalant de pizzas,hamburguers et autres nourritures rapides( vites préparées,vites mangées,vites digérées et surtout vite éliminées).Aaaah, l'esprit grégaire du tourisme de masse...On voit des bandes de 10 à 15 personnes refaire l'aménagement du restaurant pour que tout le monde soit à la même table,c'est le comble!Voyagent ensemble mais peuvent pas se séparer même le temps d'un repas!C'est bizarre on les trouve rarement dans les marchés ou dans les bouibouis sans enseigne où Olivier et moi aimons nous détendre ,boire quelques verres et nous faire de nouveaux amis (quelques fois un peu collants, l'alcool aidant)...C'est bizarre et c'est tant mieux!!!! Fuyant ces ambiances touristiques nous prenons quand même le temps d'aller faire une ballade à moto sur le Salar...Le Salar d'Uyuni: quelle splendeur !!!Un lac de sel qui se recouvre d'eau en période de pluies.Le Salar commence à s'assécher, nous réussissons à avancer un peu sur le salar avant d'ètre bloqués par l'eau.L'eau du salar forme un miroir sur lequel se reflètent le ciel et les nuages, j'ai rarement vu d'aussi beau panorama.A quelque distance de nous la récolte du sel à débutée: de petits monticules de sel apportent un peu de relief au paysage d'une parfaite platitude.Un camion déglingué avance dans le salar, ramenant le sel vers les entrepôts de Colchani,petit village au bord du salar...
Vendredi 21 Mars 2008: Nous reprenons la piste vers Potosí, un peu plus de 200 kms à travers une cordillère aride et desséchée à plus de 3 000 m d'altitude.L'oxygène s'est raréfié, depuis Uyuni nous respirons avec difficultés, reprenant sans cesse notre souffle.Les motos aussi manquent d'air dans le carbu, pourtant nous avançons doucement mais sûrement sans caler.Nous avons bien emportés avec nous des gicleurs adaptés à l'altitude mais comme les motos n'ont pas posés de problème en passant par El Tatio au Chili, pourtant à plus de 4 300m d'altitude, nous avons pour tout dire,eu la flegme de démonter les carbus pour les changer...Nous franchissons des cols arides où poussent seulement de grands cactus pour découvrir des vallées plus fertiles,irriguées par des rivières, sortent d'oasis où se regroupent les habitants en villages.
Milieu d'après midi nous découvrons Potosí, ville à flanc de montagne à 4 090 m d'altitude !!! Potosí,ville célèbre pour ses mines d'argent qui en ont fait la ville la plus riche d'amérique du sud fin 18 ème siècle.Aujourd'hui les mines ne rapportent plus grand chose et ce sont surtout sa très belle architecture et la visite des mines qui attirent les visiteurs. C'est vrai que les rues et les magnifiques bâtiments d'architecture coloniale sont un ravissement pour les yeux, même si l'inclinaison de la ville rend les promenades un peu pénibles parfois.
Le grand attrait touristique de Potosí c'est la visite des mines! Aujourd'hui la plupart des mines appartiennent à des coopératives gérées par les mineurs eux-mêmes.Du coup pour gagner (mal) leur vie les mineurs doivent produire eux-mêmes.De nombreuses agences proposent la visite des mines pour voir les conditions atroces dans lesquelles les mineurs essayent d'arracher un peu de minerai d'argent à la montagne, au Cerro Rico...Et pour ne pas que le touriste ne se salisse de trop dans ces enfers souterrains, les agences offrent même la combinaison,les bottes,le casque et la lampe frontale... Ce voyeurisme de la misère humaine ne nous a pas du tout attiré, nous ne sommes pas clients de ce genre d'expérience.Il nous a suffit de savoir qu'avec les explosifs et les outils que le mineur achètent lui-même,dans des conditions moyennageuses, exposé aux produits chimiques et aux gazs nocifs, son "salaire de la peur" lui donne à peine de quoi vivre, lui et sa famille avant que la silicose ne l'envoie au cimetière au bout de 10 à 15 ans de boulot ! En revanche nous avons adoré la visite de la Casa Real de la Moneda avec un très intéressant musée.La visite guidée, loin d'être ennuyeuse,retrace l'histoire de la ville,de ses richesses passées avec une certaine critique mêlée d'ironie sur les revirements de l'histoire...Personnellement j'ai beaucoup appris sur la monnaie,sa fabrication,son usage... Dimanche 23 Mars: A peine sommes nous sortis de la ville de Potosí par la belle route en asfalte qui mène à Sucre , que nous découvrons des paysages complètement différents.L'altiplano nous offre ses palettes de vert...C'est dimanche et je suis surpris de croiser des gens faire leur sport dominical: vélo ou jogging à plus de 3 000 m d'altitude!
Sucre, 2 790 m d'altitude, ma ville préférée de Bolivie.Une architecture coloniale parfaitement conservée avec des bâtiments à la blancheur éclatante.Comme il est agréable de flâner autour de son mercado central,d'errer dans ses rues à la découverte de joyaux architecturaux ou de faire une sieste sur un des bancs du parque Simon Bolivar...
Sucre , ville étudiante, d'où est parti la révolte contre la Couronne d'Espagne, berceau de l'indépendance du pays...Passionnante visite au musée de la Casa de la Libertad.Le guide ,captivant, nous raconte l'histoire de son pays, la lutte pour son indépendance, les rêves illusoires de Simon Bolivar d'union de l'amérique du sud, puis la longue conquête de la démocratie passant par de nombreux présidents, souvent assassinés avant le terme de leur mandat, les dictatures militaires,etc...La visite se termine par ses remarques très personnelles sur l'amérique du sud, quand elle était `complètement à droite avant de basculer presque entièrement à gauche... Mercredi 26 Mars 2008: Nous reprenons la route, ou plutôt la piste ,vers Oruro...Paysages magnifiques de l'altiplano que traverse cette piste étroite de sable,de graviers, de poussière....Au passage nous découvrons des petits villages, voire des fermes isolées.L'occasion pour nous de voir les campesinos,les paysans,de l'altiplano dans leur quotidien. Les femmes qui gardent les troupeaux de lamas ou de moutons avec parfois quelques vaches, de la laine brute sur un bras et dans l'autre main une bobine qui sert à filer la laine...Puis des paysans qui labourent avec des boeufs, faut dire que vu le dénivelé , l'usage d'un tracteur est impossible.Il semble que rien n'a changé depuis des siècles: on file la laine,on cultive le maïs , le blé, ou la quinoa (céréale semblable au sorgho).Je suis surpris de voir les gens en habit traditionnel.Comme tout le monde j'avais bien vu dans les livres ou les reportages à la télé ces boliviens en habits colorés richement tissés avec toutes sortes de couvre-chefs (chapeaux melons,chapeaux de paille,chapeaux en cuir copiant les casques des conquistadors,etc...)variant selon l'appartenance ethnique, ou à un village ou bien encore à une tradition.Cependant je pensais que c'étaient les tenues de fêtes voire folkloriques.Je découvre que les gens s'habillent ainsi au quotidien y compris pour les travaux des champs... Nos yeux émerveillés gardent cependant un oeil vigilant sur la piste.Un dérapage sur le sable ou une grosse pierre et ça peut être la fin du voyage.La route est étroite, il faut parfois partager avec les camions ou les bus que l'on croise, il n'y a pas de parapet, les précipices sont virtigineux, nous n'avons pas le droit à l'erreur car la chute serait à coup sûr mortelle...Et puis il y a les gués que nous traversons, les cours d'eau, plus ou moins profonds passant sur la piste...Je dois avouer que ces passages m'amusent beaucoup même si parfois j'ai plus ou moins de réussite...
Et puis rencontre sympathique,celle des gars qui entretiennent la piste,l'équivalent de l'Equipement en France.Ils nous saluent chaleureusement avec de larges sourires et de grands gestes de la main lorsque nous les croisons.Cagoule de laine (faisant penser au Sous Commandant Marcos du Chiapas),combinaison jaune,brouettes et bicyclette!Pas de camion,les cones de signalisations sont portés sur le porte bagages.Ça me laisse songeur: du vélo à cette altitude après une journée de boulot! Pas de stations essence sur la piste que nous avons prise.Dans les villages nous demandons qui vend de l'essence, les fûts sont souvent vides ou bien le propriétaire est absent sans savoir quand il reviendra....Nous trouverons quand même 10 l d'essence dans un petit village. Après une nuit passée à Uncia, petit village, et une autre matinée de route nous arrivons enfin à Oruro... Oruro,ville en travaux donc poussièreuse à 3 702 m d'altitude...Visite au musée de la Mine situé dans une ancienne mine désafectée.Là encore le guide, passionnant avec un certain franc-parler nous donne ses impressions sur son pays avec un air assez désabusé.Plus de 5 000 personnes travaillent en trois-huit dans les mines autour d'Oruro avec un salaire qui donne à réféchir : 250 à 300 € par mois...Non, il ne manque pas un zéro! Vendredi 28 mars 2008: Nous prenons de la hauteur sur l'altiplano en prenant la Ruta 4 qui conduit à Cochabamba...Vues superbes, mais nous ressentons le froid et le manque d'oxygène liès à l'altitude.Au franchissement d'un col je vois sur un panneau Alt. 4 500 m et la route continue à grimper....Ça me fait bizarre de penser que je roule à moto sur une altitude supérieure au Mt Blanc ,le plus haut sommet d'europe! Au passage des couleurs vives ,celles des costumes des habitants de ces hauts plateaux et qui sont encore différents de ceux que nous avons vus jusqu'alors... Cochabamba, alt 2 558 m.Ville agréable où nous déplaçons plus facilement: altitude plus basse et ville à peu près plane...Et puis les taxis ne sont pas chers alors on en profite!Visite aux Marchés,gigantesques où on trouve de tout, une ville dans la ville, le rayon des jeans fait tout un quartier.On peut s'y perdre facilement mais on ne risque pas d'y mourrir de faim, à chaque coin des marchandes proposent des plats, des choses à grignoter,des gâteaux voire des glaces... Et puis incontournable, une visite au Cristo de la Concordia, une statue du Christ les bras ouverts sur le Cerro de San Pedro,qui domine la ville.Semblable au Christo Redentor de Rio de Janeiro au Brésil en moins jolie mais un peu lus haute d'un mètre environ (H: 34m20).La vue sur la ville de Cochabamba est superbe. Excellente surprise, au Ciné Center on passe "El Amor en los tiempos del Cholera" d'après le chef d'oeuvre de Garcia Marquez, qu'Olivier et moi adorons.Ça fait longtemps que nous voulions voir le film et nous ne sommes pas déçus.Le film est superbe,les couleurs magnifiques le jeu d'acteur de Javier Bardem incroyable.Du coup nous irons le voir 2 fois!Et ce n'est pas fini... Excellents souvenirs au restaurant "El Corso", petit resto de quartier où on mange très bien pour moins de 3 euros tout en profitant de l'excellente musique jazzy jouée par un groupe composé d'un piano,guitarre basse,saxo et batterie... Lundi 31 Mars 2008: Nous arrivons sous les orages à La Paz, la capitale la plus haute du monde à 3 660 m... Dans la périphérie nous découvrons un énorme "bordel", il n'y a pas de mot plus aproprié...Pas de sens de circulation, tout le monde essaye de forcer le passage sous les sifflets des flics de la circulation qui essaient de mettre un peu d'ordre dans tout ce merdier...C'est en se faisant presque percuter par une BMW 1200 R qui forçait le passage qu'Olivier fait la rencontre de Martin, un polonais.Il demande à Olivier si on a un endroit pour dormir à La Paz, il connaît un endroit parfait pour les voyageurs à moto, alors nous le suivons dans un traffic incroyable... L'hôtel où nous a conduit Martin est parfait pour nous.Pour le remercier de son aide nous lui offrons un verre ainsi qu'à son amie dans un resto végétarien de son choix.Nous faisons connaissance: Martin est polonais,photographe,il voyage depuis 8 ans et connait assez bien l'Amérique du sud qu'il a parcouru plusieurs fois.Son amie est japonaise, ils voyagent ensemble depuis 2 ans... Deux mots pour qualifier La Paz: bruyante et bordélique!Personne ne semble respecter les sens de circulation ou le code la route ,tout le monde veut passer.Les flics de la ciculation sifflent pour essayer tant bien que mal de réguler le traffic, les gens klaxonnent sans raison, à cela s'ajoute les cris des racoleurs des minibus pour trouver le chaland... Aux embouteillages permanents s'ajoutent les piquets de grève ou les manifestations qui bloquent ou dévient la circulation...C'est une cacophonie perpétuelle et constante...
Pourtant La Paz ne manque pas de charme avec ses marchés dont l'étonnant marché des sorciers où se vendent toutes sortes de remèdes miracles ou d'amulettes comme les foetus de lamas séchés, ses petits restaurants à l'ambiance décontractée malgré le bordel qui règne à l'extérieur...
Malgré tout La Paz n'est pas ma capitale préférée, et je suis content d'en sortir pour rejoindre les hauteurs du Lac Titicaca... Jeudi 3 Avril 2008: Par une magnifique route de montagne surplombant la Laguna Wiñaymarca,sur fond de pics enneigés nous arrivons à Copacabana,petite ville au bord du Lac Titicaca...
Copacabana,3 800 m d'Alt.,une jolie baie,une église superbe et surtout le point de départ principal pour partir à bateau sur la Isla del Sol. La Isla del Sol; selon la légende Inca, c'est là que le chef Viracocha,divinité à barbe blanche,ainsi ques premiers incas ,Manco Capac et sa femme-soeur Mama Ocllo, apparurent à la demande du Soleil... La grisaille matinale et les quelques giboulées de neige ont vite laissées la place à un magnifique temps ensoleillée lorsque nous arrivons sur la Isla del Sol.L'ile est superbe,sous un ciel azur sans tache nous nous engageons sur le sentier qui traverse l'ile du nord au sud en passant par les principaux cites archéologiques,une promenade de 3 h environ à presque 4 000 m d'altitude... Les paysages sont superbes,du haut du sentier des vues incroyables sur les eaux bleues du Lac Titicaca,tellement transparentes que certaines criques ressemblent aux callanques du midi de la France.A l'horizon les montagnes andines avec leurs sommets enneigés couronnés de quelques nuages blancs...Sur les collines arides paissent les moutons alors que d'autres ont été aménagées en terrasses pour les cultures,principalement de habas (grosses fèves).
A voir ces paysages fabuleux on comprend pourquoi les Incas attribuaient à cette Ile l'Origine du Monde, tout comme les grecques et leur riche mythologie en Méditerranée. Pour clôturer en beauté cette journée inoubliable, le soir nous sommes allés nous régaler de pejerrey grillé accompagné de riz,salade et frites(absolument délicieux). Ce sera notre dernière soirée en Bolivie,un pays magnifique qui nous donne l'envie d'y retourner... 
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