
En ce jour , je crois que je suis en train de réaliser un de mes plus vieux rêves, beaucoup de temps sont passés depuis mon adolescence, mais l'émotion que j'ai perçu au moment de passer le pont de la frontière Paraguay/Argentine, était très intense.
Au passage de la douane, on discute tant bien que mal en espagnol,notre portuguais est encore omniprésent,les douaniers peu habitués à voir des français à moto dans le coin, ils hésitent pour notre entrée véhiculée dans le pays. On finira par faire les documents pour la moto.
Premier pas dans notre nouveau pays d'adoption, on recherche une banque pour le change. La ville de Posadas semble assez grande, et d'aspect semble tranquille. Depuis notre sortie du Brésil, on se sent plus libre, plus tranquille .
Après quelques moments de galère pour se garer, on passe l'un après l'autre au distributeur. Sur la place, une manifestation très bruyante, avec des tracteurs en piteux état, se produit. Les mécontents donnent du son, tambourinant, s'exclamant , affichant des banderoles.Notre premier "cacerolazo" pour une cause agricole.
L'état des tracteurs m'a impressionné, je me demande comment ils ont pu les acheminer jusque sur la place. Et dire qu'ils doivent travailler leurs exploitations avec ça!!
D'un autre côté, je regarde les gens passer autour de moi, et je sens une certaine élégance,un raffinement , de l'éducation,...Pleins de petits détails qui m'attirent, qui me donnent envie de découvrir ce pays, son histoire.
On prend la route de San Ignacio, on suit la direction "Ruta 12" , on roule tranquillement, je regarde de tous les côtés, je suis comme un gosse devant un nouveau jouet. Emmerveillé. Tout nous change du Brésil, de la conduite argentine, aux maisons, la signalisation, et les paysages. On traverse une région qui exploite le bois , plus particulièrement le conifère.
Les scieries en bord de route sont nombreuses, laissant échapper des odeurs de pin, c'est très agréable.Cela me rappelle quelques moments passés sur les parcs à grumes dans la forêt guyanaise.
Il y a environ une cinquantaine de kilomètres qui sépare la ville de Posadas à San Ignacio, c'est plutôt vallonée, le paysage nous plait. Sur la route , pas de ralentisseur pour nous casser les reins, pas de trous au milieu de la chaussée, tout va pour le mieux. Sauf les "fangios" de la route qui nous frôlent , qui nous surprennent!!
On s'installe dans une "hospedaje" tenue par une petite dame très gentille. Ces petits chalets sont mignons comme tout, la propreté du lieu nous convient. De plus, vu le prix attractif qu'elle nous demande, c'est plutôt bien pour notre budget, le coût de la vie argentine est nettement moins élevée que côté brésilien.
On se prépare rapidement et on file visiter les ruines Jésuites qui sont restées dans un état exceptionnel au reste des autres missions.
On recherche désèspérement Robert de Niro pour un autographe, pas moyen de lui mettre la main dessus!!!
C'est plutôt vexant, tout ce chemin parcouru sans pouvoir lui serrer la pince...
En effet, notre choix de passer par ici, a été influencé par le film "Mission" de Roland Joffé.
D'un vrai point de vue culturelle, les jésuites ont laissé depuis le dix-septième siècle, une profonde empreinte de leurs passages sur la région des trois frontières, où ils créèrent trente missions appelées plus communément "reduccion". Le but était de christianiser les indiens Guaranis, de changer radicalement leurs modes de vie...A san Ignacio prèt de 4000 Guaranis vivaient ainsi dans la "reduccion". Les jésuites seront expulsés des missions sur ordre royale en 1767, à cause de la montée en puissance de l'influence religieuse.
Dès lors , les missions seront laissées à l'abandon.
Cet après-midi sous un soleil radieux , on visite notre première mission, s'impregnant de l'ambiance religieuse. On découvre dans le musée les objets appartenus aux jésuites, la porcelaine, les verres ciselés, les statues à l'effigie de sainteté. Aussi des objets guaranis, tels des poteries,des ustensiles en bois...
On peut admirer la qualité des sculpture qui ornent les entrées des batiments. L'épaisseur des murs allant jusqu'à deux mètres. Les grands espaces voués aux jésuites, et les habitations sommaires pour les guaranis. Les dallages magnifiques, gravés de dessins géométriques, ou simples sont restés dans un superbe état.
L'église au milieu de la réduccion demeure sans toit , mais on peut quand même apprécier la qualité de l'ouvrage, de ses immenses ouvertures, de son autel, aussi les renforts en bois pour soutenir les murs d'environ deux mètres d'épaisseur à leurs bases. Un figuier étrangleur a englobé une colonne en pierre, les autres se dressant sans but au ciel.
A notre sortie, on passe devant les baraques d'artisanat pour les touristes, seuls les guaranis occupent cette place, eux seuls se mettent en scène avec leurs plumes, nous laissant perplèxe. Les enfants indiens trainent dans la rue, habillés de loque, mendiant.
On s'interroge sur cette situation délicate, sur le sort de la cause indienne sur le continent. Mille questions sans solutions vont alimenter notre conversation, mais obligation de m'arrèter là, sujet délicat.
On profitera de notre bref passage en Argentine pour apprécier quelques spécialités culinaires comme le "bife de chorizo", qui est un faux-filet. Le tout servi copieusement, avec une bière "Quilmès" pour faire passer ça. Le "bife de lomo", le filet, avec des petits légumes, des pommes de terre. On se régale...
Le lendemain , après un bon café, on va visiter la maison de l'écrivain local, Horacio Quiroga, il se passionna pour les ruines, ses écrits racontant les environs. Prenant ses inspirations aux vues du rio Paraná, sa maison s'ouvre aux curieux, laissant trace d'une âme "bricoleur", ses photos , et quelques ouvrages écrits. Dans sa deuxième maison on décrouve sa moto, sa machine à écrire, et divers objets personnels. Sa collection d'insectes, de papillons,une peau d'anaconda, quelques meubles rustiques du début du vingtième siècle.
Dans l'après-midi, on visite les ruines jésuites de Loreto, à environ dix kilomètres de San Ignacio, en direction de Posadas. Notre ticket d'entrée pour la première visite de ruines, nous ouvrent les accès pour les quatre sites: San Ignacio Mini, Loreto, Santa Maria la Mayor, Santa Ana.
Malheureusement les ruines de Loreto sont en partie enterrées, détruites. On est surpris de voir aussi qu'une tempête a détruit bon nombre d'arbres, et des monticules de bois sont à ramasser.
Les ruines sont peu intéressantes à visiter, pas de photos à faire, juste une balade en forêt avec quelques cailloux éparpillés. Des morceaux de colonnes sont soignement conservées, le gouvernement allemand en 1993, avait pour ambition de rénover un batiment. En 2007, c'est toujours l'état de projet?
A mon goût, mieux vaut laisser dans cet état, et d'entretenir les abords. Remarque personnel.
On passe la soirée au casino de la ville, pour arroser comme il se doit l'anniversaire de Daniel, qui souffle ses quarante-deux printemps!!! On se fera sortir par le personnel, il est déjà plus de trois heures du matin, et on a déjà refait le monde dans tous les sens..
Du coup, le lendemain matin, la région sous une pluie battante, on reste sous la couette à récupérer de notre nuit arrosée. Un doliprane, on part déjeuner sous un petit crachin. Pas de regret, on veut les chutes d'Iguaçu sous le soleil!!! On profite de l'après-midi pour mettre un peu d'ordre dans le blog, parfois on accumule du retard.
On reprend la route "12" sous le soleil en direction de Puerto Iguaçu. Dans la verdoyante forêt de pins, en bordure de route , on apreçoit parfois des petits autels surmontés de drapeau rouge. C'est em mémoire d'Antonio Gil," El Gauchito", robin des bois argentin, qui fut décapité. Grand idole dans le pays gaucho. Au passage du lieu de culte, mieux vaut klaxoner , pour conjurer le sort de la route.
A Eldorado, on s'arrête dans un magasin de moto, il est temps de changer notre pneu avant. On trouve notre bonheur dans une boutique, le prix est moitié moins cher qu'en France ou au Brésil.Cela fait du bien au porte-monnaie. On le charge sur la moto, arrivé à Puerto Iguaçu, on se chargera de le monter.
A notre arrivée à Puerto Iguaçu, on peut voir des hôtels de grand standing sur l'axe principal des chutes, ce n'est pas pour nous, on file en centre ville, un petit hôtel bien modeste fera l'affaire. Grande cour pour bricoler, piscine pour se détendre, on va commencer à s'habituer au luxe!!
Direction vers le Parc Iguaçu, pour la visite des "cataratas", on roule tranquillement, profitant du soleil matinal, en arrivant au péage du Parc, on nous fait signe de passer sans payer. Bonne nouvelle.
L'entrée est de quarante pesos, soit environ neuf euros. Tous les guides sont disponibles pour une quelconque information, la gentillesse argentine fait plaisir. Le parc offre de multiples services, ils ont réellement pensé à tout.Même les handicapés ou personnes agées ont accès aux chutes.
Ils ont créé un petit train au gaz spécialement pour le parc Iguaçu, pour préserver la nature. Des sentiers bétonnés, très bien balisés, permettent l'accès sous différent angle à chaque chute d'eau. Notre escapade commence par le ponton "supérieur", des passerelles métalliques nous conduisent au plus prèt des cascades. Le bruit sourd de la chute d'eau , les embrunts que l'on reçoit, nous laissent emmerveillés.
On descend le ponton "inférieur" qui nous donne une autre vision, la grandeur des chutes est impressionnante, quatre-vingt mètres de haut , et environ deux kilomètres de long, et un bruit incroyable.
L'aménagement argentin est vraiment sympa, on profite au maximum du site, ils proposent même une navette gratuite pour accéder à "l'ile Grande San Martin", un bateau fait la traversée en trois minutes, accédant ainsi à un rocher face au deuxième saut le plus puissant après la "Gorge du Diable"...
Une vue magique s'ouvre à nos yeux, les bateaux équipés de gros moteur affrontent la puissance des cascades, des baigneurs profitent de la zone réglementée pour tremper les molets.
Les explorateurs du Nouveau Monde,grand connaisseur de la forêt tropicale, équipés de gilet "grand reporter", de chapeau "safari", et de pantalon "commando" prennent chaque insecte en photo, bousculent pour la photo "unique", et en deviennent désagréables, voir méchants. On passe notre chemin, sourire au lèvres...
Après une petite pause sandwich, on monte dans le train qui traverse une partie du parc, la balade est agréable, on se rend voir le clou du spectacle, "la garganta del Diablo", la gorge du Diable. Les espagnols qui l'ont découvert, pensaient que c'était la fin du Monde.Pour les Guaranis, c'est un lieu sacré, chargé de légendes...
L'eau se jette dans un trou béant , un bruit sourd en ressort, on s'entend à peine parler. Les embrunts forment une masse blanche, on ne voit pas le fond de la chute. Cela forme une colonne blanche qui se voit à des kilomètres, c'est impressionnant.
Après six heures de visite, on rentre à l'hôtel, des images pleins la tête.
On profite du bon air ambient pour boire un verre en terrasse, en discutant sur la visite de la journée. Là, à nos côtés, une table d'argentins et une de brésiliens qui discutent de conditions sociales, comparant les deux pays. Une discussion facilement audible pour nous,nous donnent envie de gerber. Les racines de deux des intervenants étaient germaniques,parlant de leurs descendants .Ils changèrent de sujet criant haut et fort que les indiens guaranis et ceux d'Amazonie étaient des bons à rien, des fainéants. Un indien guarani d'une table d'à côté intervint gentillement pour défendre sa cause, on lui fit signe que cela ne le concernait pas. L'autre indien lui était écoeuré, se cachant de montrer ses pensées. On quitte la place sur le champ...
Pour entretenir des propos pareils, il faut certainement être brésilien du sud, et de n'avoir jamais visité le nord avec ses gens chaleureux, tellement affectueux. Pour nous, la région du nord est un vrai coup de coeur, et la "saudade" de là envahie notre coeur.
Demain, on "rentre à la maison", on passe la frontière brésilienne pour visiter les chutes à nouveau.
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